12 – écriture vitaliste

Lundi 12 avril

« Mais l’enquête est là, elle est partout, c’est le nom caché de la vie.

De là, c’est cette enquête diffuse, vécue, offerte à tous, branchée sur le sensible, qu’il faut réactiver envers le vivant, et pas une sensibilité romantique et mystique d’un côté, ni de l’autre un raisonnement d’allure scientifique, réductionniste, confisqué par les experts, qui n’est que le cache-sexe de l’extractivisme (il faut en effet réifier la nature en matière inanimée pour en justifier l’exploitation à tout crin). »1

« Ce goût pour l’animisme pensé comme connexion sensible opposée à une approche rationnelle passe par l’idée que l’accès aux invisibles, aux significations et aux communications des autres vivants est amoindri par le travail des sciences, par leur usage du raisonnement et du langage. Or, le paradoxe infernal de cette idée tient en une phrase : ce sont précisément des sciences (les sciences du vivant réanimantes) qui ont généré ces savoirs émancipateurs à l’égard du vivant. »

« On accède par là à un sens élargi, non amputé, de ce qu’est la sensibilité : le dispositif de captage du réel qui instrumente un humain, c’est le tissage de toutes les puissances des sens et de la pensée […Q]ue l’on soit voué à osciller entre l’un et l’autre exclusivement, c’est une aberration bien moderne. »

« À certains égards, cette approche partage l’affect philosophique du vitalisme : c’est bien la vie, le fait vivant, qui est le grand mystère et la grande puissance autour de laquelle tout gravite, et pas la culture, l’esprit, la consicence, la morale, la raison… Mais il s’agit de donner du corps à cette fascination pour la vie en regardant sérieusement le vivant : en métabolisant les savoirs biologiques les plus pointus et les plus ouverts, pour leur restituer leur puissance mythique, en les subvertissant au passage. »

« C’est une tentative de contourner en sifflotant les dualismes entre science et fiction, poésie et exactitude, sensibilité et raison, pour forger une sorte d’alliage incandescent de toutes les facultés vivantes : les sens les plus aiguisés, le corps le plus mobilisé, l’imagination la plus sauvage, les raisonnements les plus serrés, la sensibilité la plus vibratile, la fabulation et le savoir. Pour préparer la rencontre avec le monde […] »

1 Les extraits encadrés sont de moi, tous les autres sont issus de Manières d’être vivant de Baptiste Morizot.

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