253 – métaforte

Dimanche 25 septembre

1) Dommage que je ne sois pas abonnée à Netflix. J’aurais vraiment aimé voir ce film. Son réalisateur, que je découvre par cette interview, me parle. Son western m’avait bien plu quand je l’avais vu. En outre j’ai toujours un a priori positif envers les artistes qui créent peu. Il y a quelque chose à la fois de fort et de touchant là-dedans. Une puissance se met en mouvement, une impuissance oblige à y penser à deux fois, une autre puissance pousse à continuer. Ce sont des rythmes de création intéressants, à part. Et pas seulement parce qu’ils semblent indifférents aux cadences de l’industrie culturelle.

Sans

Transition.

2) Un excellent jeu de mots m’est venu hier au volant. Je me serais bien applaudie mais c’était un peu risqué, même sur une route de campagne déserte où trônait, bien seul, un énième arc-en-ciel. Alors faute de mieux, la machine à influx électriques s’est gentiment mise en branle. Activation des essuie-glace. Ah mais d’ailleurs, essuie, c’est quoi, essuie, un excellent, glace, jeu de mots ? Accélération. C’est un révélateur. Puis passage en cinquième. Un bon jeu de mots est une formule alternative à celle attendue, qui vient tendre sans crier gare une seconde face – déformée – à celle qu’on regardait sans plus vraiment la regarder, rendu indifférent par l’habitude.

C’est très difficile, de faire un (bon) jeu de mots. Car s’il n’est pas capable d’apporter au pot du langage un élément de vérité, un éclairage nouveau et juste sur une situation et que l’on ne percevrait pas sans sa présence, le calembour n’aura de fait aucun intérêt. Il sera immédiatement perçu comme inutile. En trop. Malaisant. Ce sera un bouton de fièvre poussé sur une bouche en coeur.

Mais quand il produit cet effet de distorsion lumineux : soudain le bouton devient une mouche. Et quelle mouche. Quelle giffle.

De ce point de vue, le jeu de mots agit exactement comme la métaphore. Il faudrait tirer encore le fil et voir s’ils ne sont pas en réalité une seule et même chose. L’un jouant sur les sons,

l’autre sur les images.

Puis se demander ce qui fait que le premier verse dans l’humour quand la seconde se tourne vers la poésie. Comment dans la conversation comme dans la lecture, la distribution des rôles s’opère d’un commun accord (celui du locuteur, celui du récepteur). Pourquoi, malgré ces similitudes, les registres et les tons se différencient comme automatiquement. En d’autres termes se demander en quel point précis se séparent les routes.

Et sans aller plus loin dans mes réflexions, mais la tête et les yeux pleins de champs (céréalier et lexical – de la lumière) j’ai fini par m’arrêter prendre une photo. Je me suis dit qu’elle ferait peut-être oublier mon titre calamiteux.

211 – 🌾

Jeudi 26 mai

« On a fait un pas de géant quand on a eu l’idée [il y a 3000 ans] de dessiner un signe qui ressemble à quelque chose de familier et d’utiliser ce signe pour évoquer uniquement le son que cette chose prend à l’oral.

Voici le signe de l’orge : 🌾. Le mot orge en sumérien se prononce shèh. Donc un sumérien qui voyait ce signe et se disait : Tiens, shèh, orge. Mais en même temps, un scribe pouvait utiliser ce signe dans un tout autre type de document juste pour retranscrire le son shèh. Cette idée est assez simple, à la portée d’un enfant. Et pourtant elle aura un impact puissant et durable. Elle est le moment exact où est inventée l’écriture.

Pour donner un exemple, le mot Shèh-ga en sumérien signifie beau, gentil ou quelque chose comme ça. Pour l’écrire, on fait suivre le mot orge du mot lait, qui se dit ga.

Ainsi, le point de départ de l’écriture, c’est le rébus. »

(Irving Finkel, assyriologue au British museum).