194 – travelling2 (essais)

Jeudi 5 mai

1) Je bougeais en tous sens, sans toucher les tapis voisins. Levais les jambes alternativement. Ce n’était plus le rythme de la musique qui guidait les mouvements, mais mes genoux qui lui donnaient le tempo. Ils frappaient l’air chargé de vibrations sonores ; se fracassant sur moi elles s’éparpillaient de plus belle. Chacun de mes coups maintenait la cadence. Je ne devais pas flancher, ne pouvais me le permettre. La bonne marche du cours dépendait désormais de la puissance de mes rotules. Cependant, les brûlures dans les cuisses, le raclement dans la gorge et jusqu’au fond des poumons. La douleur aux poignets quand j’enquillais les pompes, les chevilles dures sous les sauts. Tout cela ne suffisait pas. Je m’épuisais en vain.

2) Je bougeais en tous sens, sans toucher les tapis voisins. Quand j’inspirais les vibrations sonores venues de toute la salle m’entraient dans l’œsophage. J’aspirais la musique. Puis je la recrachais. Plus lourde, plus brutale encore. Mais ce raclement de la gorge jusqu’au fond des poumons, les brûlures dans les cuisses. La douleur aux poignets quand j’enquillais les pompes, les chevilles dures sous les sauts. Tout cela ne suffisait pas. Je m’épuisais en vain.

178 – face et pile

Jeudi 14 avril

Drôle de voir comme certaines personnalites médiatiques, silencieuses pendant les remous que connaissait la FI il y a quelques mois, se présentent désormais comme des soutiens indéfectibles, et de la première heure s’il vous plaît, du mouvement. Par exemple Michaël Foessel, qui prenait soin ce mardi de glisser dans une interview qu’il est un « fidèle » depuis 2017. Faisait passer l’air de rien un « nous » pour « Mélenchon » en feignant le lapsus. Ce même Foessel, qui a toujours bien veillé à cultiver l’ambiguïté sur ses opinions politiques, qui n’a cessé jusqu’ici de contrebalancer aussitôt son point de vue par son exact opposé afin de plaire à tous, ou de ne gêner personne. Ce Foessel qui le mois dernier, lors de la promo d’un livre où il appelait à construire une gauche de « plaisir », notion abstraite et fourre-tout s’il en est, trouvait le moyen de déclarer qu’on ne pouvait pas ne pas reconnaître à Blanquer d’avoir fait beaucoup pour l’éducation nationale.

Très peu de haines m’habitent. Elles sont en général de courte durée. Dans dix jours ce sera fini et je passerai à l’indifférence. Cependant elles brassent large. Je déteste tous ces gens qui s’engouffrent dans les vagues du moment.

Cela dit, à bien y réfléchir je ne méprise pas moins ceux qui créent ces vagues comme on crée des labels, puis mettent toute leur énergie à les faire prospérer. En quoi vaudraient-ils mieux : ce mensonge mercatique leur convient. Les deux – objet de la mode et fashion victims – ont besoin les uns des autres. C’est ensemble qu’ils grossissent. Ils s’entre-nourrissent. Ils doivent être quelque chose comme les deux faces d’une crêpe.

Alors plus je les regarde faire, plus je m’éloigne du monde : ce sont eux qui le font. Ils font le monde, et pourtant portent en eux le contraire de la vie. Sa négation. Pour maintenir la vie en soi il faut se tenir ailleurs. Toujours, c’est-à-dire sans flancher.

165 – nrj

Vendredi 18 mars

Il y a des gens qui semblent générer et reconstituer l’énergie qu’ils dégagent, parfois l’économiser ; en avoir, l’un dans l’autre, « la maitrise ». Et d’autres qui donnent toujours l’impression de puiser dans leurs dernières ressources. D’aller taper dans les réserves. Seul le vieillissement – et c’est là son véritable intérêt, tout littéraire – rend cette scission entre les hommes absolument flagrante.

143 – aise

Vendredi 28 janvier

Ainsi donc il existerait un monde parallèle où les candidats à la présidentielle se battent pour aller dans une émission intitulée Face à Baba, où Zemmour n’est plus chroniqueur chez un ancien comique, où une primaire de gauche est organisée en fanfare par des gens de droite et où il est admis par tous que la levée des restrictions sanitaires dépende du calendrier électoral. Je suis bien aise de n’en percevoir rien d’autre que le lointain écho qui m’en parvient quand, à la fin du mois, je survole les titres d’un journal auquel je ne suis de toute manière pas abonnée.

Le monde – le vrai – est de ce coté-là. Celui qui décide de s’y installer, rien ne peut l’en déloger.

Et soudain dans ce monde peut en surgir un autre encore, lorsque par exemple un visiteur de Malika se place dehors, amusé, derrière une fente du mur de son petit café, pour feindre d’être en prison. Un monde joyeux en un éclair. Toute l’intelligence dont nous sommes capables.