107 – feu

Vendredi 3 septembre

Portrait de la jeune fille en feu

Notes sur Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma tout juste vu. Le film est coupé en deux parties : une première partie correspond à la naissance de l’amour entre les deux femmes. Là le scénario est serré, précis, chaque scène participe d’une progression très efficace et subtile. La deuxième partie est celle de l’aveu de l’amour et de l’union charnelle. Or je n’ai jamais vu amour naissant plus décharné. Chaque scène semble alors beaucoup plus relâchée, faite pour gagner du temps jusqu’au départ d’Héloïse. Les corps et leur union y sont comme traités en surface, à peine peints puis bien figés sous le vernis. Cette seconde partie déçoit autant que la première était prenante et pleine de promesses : entre ces jeunes femmes plus rien alors ne (se) passe. Sans parler de l’amitié avec la servante, pourtant si réjouissante, et qui est totalement escamotée dès lors que le premier baiser entre les deux amoureuses a eu lieu.

Et au coeur cette deuxième partie arrive l’avortement de la servante, raison pour laquelle je voulais voir le film (pour rappel, ce brouillon, cette note et celle-ci écrits pour le travail en cours). C’est là je crois que tout bascule définitivement dans ce qui m’apparaît comme un semi-échec. Dans l’histoire comme dans la perception que l’on a de l’oeuvre, cette scène s’avère une scène charnière. Voici ma question de départ et pour tout dire ma gène, le point à partir duquel j’essaie d’analyser ce qui ne va pas : comment est-il possible de me faire voir une femme qui vient tout juste d’avorter prenant la main d’un bébé dans un élan de tendresse sans que cela provoque chez moi la moindre émotion ? C’est qu’en temps normal, rien que la description d’une telle scène suffirait à me mettre sens dessus dessous. A minima me tirer des larmes. On peut d’ailleurs légitimement penser que ce genre d’images devrait être capable d’écraser à peu près n’importe qui. Et bien là, je vois la scène et rien à faire, je reste impassible, flirtant avec l’indifférente. Mais l’absence de réaction peut interpeller au moins autant que sa présence. Elle est ici d’autant plus regrettable qu’hormis la dimension strictement esthétique d’une scène par nature et d’emblée chargée en émotion, la volonté de montrer un avortement est à mon sens un acte fort, nécessaire. Au risque de me répéter, il y a certains faits que l’art doit prendre à bras le corps.

Quelques hypothèses à ce manque : pour évoquer un avortement sans rien en dissimuler il n’y a pas beaucoup d’options. Ou bien l’on adopte un regard distancié, chirurgical, qui accentuera l’aspect rude et sans doute proprement inhumain (1) de l’événement dans une sorte de réalisme glacé (c’est l’option Lánthimos, qui m’intéresse tant en ce moment) ; ou bien au contraire on montre la chair, la douleur et le sang avec une certaine empathie (2). Dans ce cas, il ne s’agit pas de sombrer dans une forme de pathos qui court toujours le risque de la complaisance, mais tout de même, de montrer les choses, et donc aussi les sentiments et surtout les sensations telles qu’elles sont – plus exactement : telles qu’elles ne peuvent pas ne pas être – dans ces circonstances. Or sur ce point, le film reste très loin de ce que l’on serait en droit d’espérer. Et néanmoins des éléments très explicites laissent penser que c’est bien l’option réaliste empathique qui est choisie par la réalisatrice : par exemple les enfants sur le lit, capables d’introduire un peu de douceur au milieu d’une accumulation de gestes bien rodés ; mais aussi le silence de la concentration et les clairs-obscurs autour du feu de cheminée ; le cadrage serré sur les mains au travail, ; le long plan sur l’avorteuse penchée au-dessus du ventre de la servante ; puis sur la servante elle-même criant de douleur – mais attention pas trop ; et enfin, Héloïse enjoignant sévèrement Marianne, au plus mal, de regarder l’opération. Avec les héroïnes, le spectateur est amené à accompagner ce qui se passe. Il en était pourtant beaucoup plus proche lorsqu’il suivait les tentatives antérieures de la servante de perdre le bébé de manière naturelle (course harassante sur la plage, pénible suspension en l’air). Car dans ces moments, du temps était laissé pour la voir faire. Autrement dit, du temps était laissé pour faire corps avec elle.

Tout est dans la pièce mais en trop faibles quantités. Certes chaque ingrédient semble disposé sur la table ; mais à la fin tout manque. À commencer par le plus important, à savoir la terreur : celle, qu’on imaginera parfaitement intriquée dans la souffrance physique, et qui devait s’abattre sur la femme avortant puisqu’elle ne pouvait ignorer alors qu’elle y risquait la vie. Un tel bilan ne se veut en aucun cas désobligeant. Mais il confirme s’il en était besoin à quel point la tâche, celle de montrer ce qui ne l’est jamais et pour cause, doit être difficile. De ce que j’ai pu percevoir c’est un casse-tête. On pourrait même envisager qu’un objectif aussi ambitieux se révèle tout bonnement impossible à atteindre. Ce qui ne doit pas empêcher d’essayer.

(1) Ici le mot inhumain n’a pas de connotation morale. J’appelle inhumaine toute expérience extrême, et plus particulièrement toute expérience physique extrême et à laquelle a priori nul n’a été préparé.

(2) En réalité il existe au moins une troisième option, qui consiste à ne pas montrer le phénomène dont il est question, mais montrer avec une grande précision tout ce qui se trouve autour.

85 – Lavoisier

Vendredi 30 juillet

Ça y est, je l’ai ma scène, en tout cas je la vois. Et par la même occasion tiens enfin la preuve que matière et pensée sont une seule même chose : toutes deux obéissent pareillement à la loi de Lavoisier (dont j’apprends qu’il est mort guillotiné en 1794) ! Il est toujours un peu magique, ce moment où l’on découvre que tout était là depuis plusieurs jours, n’attendant plus qu’à se combiner à l’intérieur de son cerveau (mrci Marías, Nelle et Nagg, merci Semmelweis, merci James Corden et Tom Cruise).

Ce ne sera pas une description par le vide mais par découpes.

84 – aussi blanc que la blouse (notes11)

Vendredi 30 juillet

Relu la géniale scène du suicide qui ouvre Un coeur si blanc : j’en avais besoin pour une scène (pas de suicide) de mon texte en début de chantier. Deux éléments importants :

1 – l’acte et le corps de la jeune femme sont à peine évoqués. Le narrateur raconte en réalité tout ce qui gravite autour de la mort(e) : la plaie au coeur n’est pas décrite mais seulement l’autre sein, intact ; puis c’est au tour des gens qui s’affairent ; suivent les petites mesquineries des personnages présents, jamais évoquées comme telles mais comme de simples faits en trop et qui viennent en quelque sorte se plaquer sur le corps gisant : un invité se recoiffe devant le miroir, le jeune commis boit le verre de vin tout juste rempli avant de s’éclipser. Surtout, c’est le désarroi de la bonne qui est excellent à lire. On a alors un pied dans la gestion routinière de la vie de cette famille et un autre dans l’irruption dramatique, exactement comme elle tient un pied dans la salle de bain et l’autre encore dans le couloir.

2 – en complément : tous les gestes inutiles et un peu incohérents qui sont effectués par les membres de la famille au moment de la découverte du corps. La scène rend parfaitement le sentiment d’une improvisation devant l’inimaginable. Le père, la soeur et le mari apparaissent à la fois comme des machines fonctionnant de manière automatique et comme des animaux acculés et qui ne savent pas dans quelle direction aller pour échapper à la terrible réalité qui est train de s’imposer. Là encore, le croisement normal, habituel/anormal, exceptionnel est particulièrement intéressant.

Pour ma scène ce type de description par le vide me paraît assez idéal.

En revanche il n’est pas censé y avoir d’improvisation de la part des personnages (puisqu’il s’agit d’un acte médical). Réfléchir tout de même à des micro-éléments qui, malgré tout le caractère protocolaire de l’opération, pourraient brouiller le cours ordinaire des choses.

81 – essai2

Samedi 24 juillet

Reprise de l’essai1. Drôle de voir comme je noie les informations dans des non-informations qui me semblent pourtant absolument indispensables sur le coup. Mais à la relecture, elles ne disent rien. J’ai essayé de retirer ces non-infos, j’en ai sans doute ajouté d’autres. À ce titre le dernier paragraphe sera (évidemment) à reprendre. Mais un peu plus tard. Au moins le paragraphe en l’état donne une idée de ce avec quoi il faut parfois se bagarrer pour enchaîner trois idées…

Le passage sur les existences/destins/combinaisons/hasards/déterminismes est à revoir aussi (je l’aime bien mais c’est trop de mots).

Changer « dont j’ai mis des années à me remettre » : l’expression est assez mauvaise.

Pas tout à fait convaincue par « Élodie L » ! Pas de panique, je trouverai peut-être à la fin, comme on rédige l’introduction après avoir fini sa dissertation.

71- éclaboussures

Samedi 3 juillet

On peut imaginer un amour (ou une amitié, peu importe le détail) d’une telle force qu’il rejaillirait non seulement sur celui qui est aimé, mais aussi sur celui qui aime. Un amour tel qu’il donne le sentiment de toucher son emetteur à travers l’amour pour l’autre. Non pas que cet amour de l’autre serait en fait un amour de soi ou qu’il ne s’agirait au fond que de se regarder le nombril – l’autre est réellement aimé, pour ce qu’il est -, mais plutôt qu’il serait si débordant qu’on en serait soi-même éclaboussé. En étant tant aimé, l’autre ne peut que vous aimer, et peu importe qu’il vous aime vraiment ou mal ou non car il vous aime au moins de votre amour. Étrange, mais pas tout à fait délirant. Demanderait du moins à être raconté. Raconté à nouveau, car l’a déjà été.

68 – essai1

Lundi 28 juin

Quand j’ai rencontré puis connu Élodie L., elle vivait dans un petit appartement parisien. Elle vivait seule, mais pas solitaire. Entre les murs immaculés car fraîchement repeints de ce qu’elle appelait son « vaisseau » allait et venait quantité de monde, tous amis, collègues ou inconnus qu’elle voulait mieux connaître et avait invités à prendre le thé dans son minuscule salon, minuscule mais cosy, cosy quoique très simple et très sobre. Et de fait, les trois pièces en enfilade donnant du même côté sur une cour intérieure, le peu d’ameublement tout en bois naturel, les quelques cadres accrochés aux murs à hauteur d’yeux comme autant de vues sur le monde, la bibliothèque fournie qui faisait tout le tour de la chambre à coucher, la mezzanine qui surplombait le bureau, tout cela faisait comme un bateau immobile, un refuge confortable au milieu de la ville.

Je pourrais dire que cet espace – mais il me semble qu’on devrait pouvoir le faire pour chacun sans risquer de se tromper – était à l’image de celle qui l’occupait. Solide, paisible, joyeux. Je pourrais même ajouter – mais au risque cette fois d’inoculer un soupçon d’ironie à l’expression, ou plutôt à celui qui l’emploie ici, à savoir moi, le narrateur, puisque je sais la méfiance voire la détestation que portait Élodie à ce vocabulaire faussement bienveillant et surtout creux – que tous deux dégageaient une belle énergie. Une énergie telle en tout cas qu’elle m’attira comme un aimant. Voilà : les dents blanches spontanément exhibées d’Élodie et les murs élégamment décorés de son appartement me plurent autant les unes que les autres quand je les découvris, les unes d’abord, les autres ensuite, mais dans un temps les uns des autres assez peu éloigné. Aussitôt et pour longtemps je ne voulus plus les quitter. Plus exactement, je ne fus plus capable de le faire durablement, quitter le lieu et plus exactement la femme qui l’occupait, et plus exactement son corps et notamment sa voix, si tant est que la voix puisse considérée comme une partie du corps, ou plus exactement les pensées que celle-ci, voix ou femme, exprimait avec une gaieté constante empreinte d’une certaine suavité. De sa gaieté suave pour ainsi dire, la voix donc d’Élodie, grave et dynamique, partait sur des accents vifs pour finir légèrement plus lente, presque traînante, quelque chose de vraiment très étrange à entendre, et avec ça un peu éraillée, comme luttant constamment et avec succès contre des entraves invisibles, comme s’en libérant d’abord en un éclat soudain et victorieux avant de s’apaiser et de se laisser languir un temps, une demi-seconde à peine. Avant d’entamer la phrase suivante.

Bref j’étais amoureux. J’en avais bien besoin. Je sortais d’une histoire pénible, douloureuse, une histoire qui avait tardé à prendre fin et par dessus le marché avait connu un terme encore plus poisseux que les longs mois pourtant déjà peu glorieux qui l’avaient précédé. Ce nouvel amour me tomba dessus sans crier gare, en quelques heures, et il le fit à point nommé. J’ignore si l’on peut s’empêcher de donner une justification rétrospective, ou du moins un sens après-coup à l’irruption inattendue des sentiments, quels qu’ils soient. J’ignore si ce réflexe à la fois logique et narratif de la pensée est chose souhaitable, s’il ne tient pas tout bêtement d’une sorte de superstition, et dans ce cas s’il est bon d’y céder et encore moins, ou encore plus, de s’y complaire. Je me demande s’il ne s’agit pas là de se tromper davantage encore qu’on le fait le reste du temps pour parvenir à mener à bien les affaires quotidiennes, disons les affaires courantes, en niant autant que possible l’inanité de nos existences et l’absurdité des destins humains, qui ne sont, précisément, pas des destins mais plutôt des combinaisons plus ou moins heureuses, des collisions plus ou moins longues et plus ou moins enviables de hasards et de déterminismes. Mais le fait est que lorsque je retisse le fil de ma vie affective, je peux trouver une place – une place de choix – à la rencontre que je fis puis la connaissance d’Élodie. Je peux le faire très facilement, aussi facilement qu’on le ferait d’un des quatre coins d’un puzzle, pour autant qu’un fil puisse se doter d’angles droits.

Et pour employer une autre image, raconter cette histoire bizarre – raconter surtout ce qu’elle m’a fait faire, cette histoire, ce qu’elle m’a fait accomplir, qui fut digne d’un détective privé et que je n’aurais jamais imaginé accomplir un jour de mon plein gré, de mon propre chef même et pour ma seule gouverne – serait comme enfoncer une bonne fois le dernier clou du cercueil, non pas celui d’Élodie désormais morte et incinérée, mais de cet amour, le cercueil de cet amour si l’on veut bien, celui qui m’a mené je ne savais où alors, enfiévré que j’étais à sa naissance, mais à terme et sans que je l’aie jamais, je crois, totalement choisi au point où je me trouve à présent.

66 – notes10

Jeudi 24 juin

Partie 1

– Début de la relation narrateur/femme

– conversation entre la femme et son amie (mots-clés entendus par le narrateur sans être compris)

– découvre le dossier dans la bibliothèque (et voit le nom de l’ex-concubin)

> elle lui explique ce qui s’est passé alors (et l’induit involontairement en erreur)

Partie 2

– Le narrateur fait des recherches, retrouve l’ex-concubin et se met à l’espionner

– découvre l’existence de l’enfant

> spéculations (qui est sa mère? Note une ressemblance avec la femme, est-ce le même type de femme, etc)

– de nouveau avec la femme, fait le test du prénom, qui s’avère insuffisant (spéculations supplémentaires)

Partie 3

– fait venir l’amie sous un prétexte fallacieux, elle lui donne sa version

– fait connaissance avec l’ex-concubin

– dans une cafétéria ou un bar, le fait parler avant de disparaître pour de bon

> alterner ces deux scènes, sans dominante (échos et effets de contraste)

Partie 4

– ultime conversation du narrateur avec la femme

– elle fait sans difficulté le récit du séjour chez les beaux-parents et de ses suites

> revenir sur les conversations précédentes avec les 3 protagonistes (reprise des mots et expressions antérieurs, le discours de la femme reste toutefois le discours principal)

– conclusion (narrateur)

65 – notes9

Mercredi 23 juin

Il faut trouver les circonstances d’émergence de trois discours différents (pas incompatibles, mais qui n’ont été joints par aucun protagoniste jusqu’alors) pour expliquer le départ de la femme.

Et que tous les personnages vivent dans la même ville.

– Discours de la femme (en deux étapes, englobe tous les autres discours) :

1) dans la bibliothèque, le narrateur trouve le dossier médical. Ce sera la seule trace de son passé.

> s’ensuit une discussion entre le narrateur et elle. La femme ne semble rien cacher de ce qui lui est arrivé mais dans les faits, elle se contente de répondre à ses questions (ce qui ne concerne pas le dossier médical à proprement parler reste ignoré du narrateur) – son attitude : elle n’a pas de secret mais ne se sent en aucune mesure obligée de tout dire. Cette attitude explique aussi qu’elle vive encore dans la même ville que son ancien compagnon.

– Discours de l’amie de longue date (en deux étapes) :

A) le narrateur entend des bribes de conversation entre elle et la femme (peut-être appelée Nadège, un prénom doux pour un personnage qui pourrait sembler égoïste) – cette scène intervient très tôt, quelques mots-clés sont prononcés, ils reviendront régulièrement (il faut attendre la fin pour en comprendre le sens)

B) il retrouve l’amie ou plutôt la fait venir (sous un faux prétexte) pour l’interroger et en savoir plus > pour qu’elle parle, imaginer un accord ? un service qu’il lui rendra ?

> les relations doivent toujours apparaître comme contractuelles (ou bien c’est dit à plusieurs reprises comme une vérité générale)

– Discours de l’ex-concubin : le narrateur a lu son nom dans le dossier, il le retrouve et se met à l’espionner.

Le narrateur découvre l’existence de l’enfant > spéculations sur l’identité de sa mère

Il fait le test du prénom auprès de la femme, qui s’avère insuffisant (spéculations en plus de celles déjà largement exposées)

Puis il use d’un stratagème : va faire connaissance avec lui sans dire ses intentions (ex à la salle de sport où il se rend trois fois par semaine) – conversation, le « guide » par ses remarques et l’amène à parler de son passé.

Important : le narrateur, une fois qu’il a sa réponse, disparaît du jour au lendemain du périmètre du mari.

2) Le narrateur revient sur ce qu’il a appris, elle lui donne sa version.

Tous les élements épars peuvent alors être rassemblés.

Mais c’est lui qui a « le dernier mot » (conclusion ou synthèse impossible, le réel multiplie les points de vue comme un auteur multiplie les fictions, opacité des faits, absence de vérité, etc)

64 – notes8

Mardi 22 juin

Naissance de la relation entre le narrateur et la femme

Découvre le dossier dans la bibliothèque – voit le nom de l’ex-mari

> elle lui explique ce qui s’est passé alors (elle l’induit involontairement et partiellement en erreur)

Le narrateur fait des recherches, retrouve l’ex-mari, se met à l’espionner

Il découvre l’existence d’un enfant

> spéculations (qui est sa mère? Note sa ressemblance avec la femme, est-ce elle ou l’ex-mari aime le même type de femme ?)

Test du prénom, qui s’avère insuffisant (spéculations supplémentaires)

problème : quel est l’élément ou l’événement qui la confond ? Le mari croit-il que c’est à cause de la dernière fc ? Le narrateur parvient-il à avoir une discussion avec le mari ? ou avec une vieille amie ?

> envisager au moins un malentendu :

1er malentendu : régulièrement revient le mot « complice » (leitmotiv de la femme), à dissiper à la toute fin. Le soupçon d’un meurtre en B plâne dès le début de l’entrée du narrateur en A.

un autre malentendu possible : la raison véritable du départ de la femme (cf discussion avec un tiers, voire l’ex-mari qui a mal compris ?), à dissiper à la toute fin (dissiper l’iun dissipe l’autre)

62 – eurêka (notes7)

Vendredi 18 juin

« Il n’y avait toujours pas de divorce et l’on était loin de s’attendre à le voir un jour réapparaître, à l’époque où Eduardo Muriel et sa femme se marièrent, une vingtaine d’années avant que je ne m’immisce dans leur vie ou plutôt qu’ils ne traversent la mienne [..] » (Javier Marías, Si rude soit le début)

Suite du billet précédent.

Il suffisait donc que je m’ôte de la tête que le narrateur, la narratrice en l’occurrence, serait celle qui confie ce qui leur est arrivé à elle, à son mari et à d’autres, et en faire un simple intermédiaire par lequel le récit du passé (récit B) pourrait se faire jour.

Dans cette perspective, la trame de A me semble à présent bien plus ouverte. Il devient plus facile d’imaginer différentes occasions de faire se déployer des discours de natures diverses : ainsi mon narrateur (ou pourquoi pas ma narratrice, mais alors ce serait bien un autre personnage féminin que celui, techniquement et jargonneusement intradiégétique à B et à A, auquel je pensais au départ) peut-il devenir un interlocuteur, occasionnel ou régulier, des protagonistes (le mari, la femme, les deux, des proches) ; mais aussi le témoin de discussions auxquelles il ne prend pas part ; ou encore, s’il se trouve plus franchement engagé dans la recherche de la vérité, peut-il interroger, obtenir des indices et parfois même, des réponses. En choisissant un narrateur qui ne sait rien de B quand A commence, un personnage qui doit mener une enquête pour savoir ce qu’il en fut, j’évite le narrateur bavard, j’échappe à la fatalité du monologue et à ses avatars, un monde s’ouvre, je respire.