245 – légumes

Lundi 5 septembre

« Ce que j’aime le plus dans mon travail, c’est de m’occuper des aliments quand ils sont encore entiers, quand quelque chose en eux proclame un lieu, une provenance, et ce rayon délicat de solitude dont tout être vivant a besoin pour pousser. Eau, terre, poumons. Les conditions du silence. Les aliments ont une peau et il faut des couteaux pour les préparer. »

[…]

« Le capitaine a une tête de joueur, patiente, intelligente. On l’appelle patrón. Sa peau fine et rouge sort du col de sa chemise comme une deuxième chemise qui se boutonne à ses traits minuscules : menton, bouche, moustache, nez, front, alignés l’un au dessus de l’autre, avec des yeux comme deux trois appuyant chaque ordre et chaque décision. »

Eva Baltasar, Boulder

244 – surprise

Jeudi 1er septembre

Mais ce rêve victorieux d’escalade prend une tout autre saveur lorsqu’on sait qu’il est survenu après que j’ai(e) vu, puis revu, sur grand écran Decision to leave, l’excellent dernier film de Park Chan-wook – d’autant qu’il était répété avec insistance dans le rêve que j’étais arrivée bonne première au sommet du rocher, c’est-à-dire avant l’autre, un autre, quelque ennemi à abattre. Je n’en dis pas plus sur les liens évidents avec la trame du long métrage, mais prends ce clin d’oeil scénaristique de mon subconscient comme un appel à parler du film, à revenir dessus même plusieurs semaines après son visionnage.

C’est qu’il m’aura, lui aussi, bien marquée. Peut-être autant que l’avait fait à une autre époque – il y a vingt ans ! – Old boy, tragi-comédie tordue aux allures de cartoon du même réalisateur. Il m’aura lui aussi marquée mais pour des raisons divergentes.

J’avais adoré Old boy mais ne le clamais qu’à mes proches. J’en éprouvais une certaine gêne, n’assumant pas complètement mon enthousiasme, car nombre d’imperfections et de facilités y abondait. Le poulpe croqué vivant, les invasions de fourmis – obsession toujours vivace du réalisateur mais désormais lissée -, l’interminable scène de combat dans le couloir près des geôles, les amours incestueuses, la séance de yoga du méchant totalement improbable, la figure du fou hirsute, son rictus… étrangement, tout cela me plaisait et me posait problème. Alors je le prenais. Je le prenais parce que je savais qu’il fallait un tel maelstrom, inégal, juvénile, pour faire émerger les traits déjà évidents du génie chan-wookien.

Oh Dae-Soo dans la fameuse scène du couloir

C’est qu’il existe à mon sens une règle, la plus profitable de toutes. Toujours préférer celui qui en fait trop à celui qui mesure à deux fois et soupèse avec prudence ; aimer l’enthousiaste maladroit contre le gardien des débordements ; dit autrement, choisir Oh Dae-Soo, le protagoniste principal d’Old boy, plutôt que son adversaire délicat (le méchant). C’est bien ce personnage d’Oh Dae-Soo qui m’avait fait décréter qu’Old boy serait mon film préféré pendant au moins quelques années.

Mais dans ce cas, je m’en tiendrais là. Il me faudrait rester à l’écart des films suivants du cinéaste coréen, de peur que le petit miracle arrivé en 2003, cet équilibre unique entre drôlerie, sensibilité, grotesque et violence ne se gâte à leur contact. Le malentendu en éclatant comme un orage aurait définitivement dissipé l’illusion. Hors de question de prendre un tel risque. Plus que tout l’on tient à ses émois passés.

Car le bijou était précieux. De mémoire, jamais ailleurs que dans ce film un crétin véritable, inconséquent et content de lui ne s’était retrouvé forcé par un stratagème à se ressaisir. Jamais on n’avait vu un tel idiot se faire ainsi tordre le bras jusqu’à devenir un homme alerte, courageux. Comme aiguisé. Sortir après quinze ans d’enfermement anobli parce que cramé de l’intérieur. Jamais vu un abruti pareil se transformer sous nos yeux en héros, un être d’exception, dans le seul but de comprendre ce qui lui était tombé dessus. Grandir par le malheur est chose poignante à voir.

Mais dans Decision to leave, l’approche des personnages est radicalement différente. L’inspecteur comme la femme dont il tombe amoureux sont d’emblée d’une classe irréprochable. Là résident leur charme et tout le sel de leurs échanges. De ce point de vue-là, la bande-annonce avec ses violents coups d’archets fait déjà son petit effet. Le couple s’avère magnifique. Dans le film, l’inspecteur Hae-Joon le dira lui-même, « nous sommes de la même trempe ». Cette fois, nul apprentissage à mener, aucun assagissement imposé : le duo à peine formé se montre immédiatement efficace. Très concentré et d’une grande beauté. C’est un nouveau joyau.

Decision to leave, bande-annonce en VOSTF

Dès le début l’on voit le policier, que sa réputation précède, se mettre des gouttes de collyre dans l’œil debout au bord de la falaise d’où est tombée la victime (la contre-plongée donne le vertige). Il travaille impeccablement vêtu, rodé, fatigué mais imperturbable. Rien ne peut le troubler si ce n’est ce double féminin, à peine plus secret et plus solitaire que lui, qu’il rencontre à la morgue, auprès de la dépouille conjugale sans doute assassinée. Suspecte et inspecteur gardent leurs tourments pour eux, réservent aux autres leurs répliques cinglantes, ne leur montrant que professionnalisme (Seo-Rae est quant à elle une auxiliaire de vie prisée) et détermination (i.e. capacité de décision).

Une telle maîtrise de leur environnement respectif, cette aisance partagée dont le réalisateur nous rend témoins rappelle invariablement les ambiances hitchcockiennes où James Stewart et Kim Novak (1) se tournent autour tout en poursuivant une conversation feutrée. Ambiances pour lesquelles je n’éprouve pas un immense attrait lorsque des Américains sophistiqués des années 1950 sont au cœur de l’intrigue, même si j’en perçois la force de séduction ; mais qui me plaisent autrement, ainsi portées par un couple asiatique alternant le coréen et le chinois. Simple question d’esthétique.

Cependant la filiation avec le maître du thriller, à mon sens, ne s’arrête pas au choix attentif (et judicieux) des acteurs. Il réside aussi, surtout, dans la fabrique à suspense, la machinerie redoutable que Park Chan-wook met ici en œuvre, en particulier dans la première partie du film, la plus réussie. La puissance du film tient donc à une alliance savante entre sa netteté esthétique, une sorte de suavité noble et vive, et le suspense qu’il produit, c’est-à-dire une constante « suspension » du visible, son inachèvement volontaire, ses hésitations nerveuses.

Pour mieux saisir ce qui s’opère alors, il faut faire un bref détour par les entretiens d’A. Hitchcock avec F. Truffaut, dont on trouvera ici quelques passages , avec notamment une différenciation très éclairante du suspens et de la surprise. Pour résumer, Hitchcock explique que si la surprise provoque une décharge d’émotion pendant quelques secondes par la survenue d’un événement inattendu, le suspens consiste quant à lui à faire monter puis durer la crainte à partir d’informations données au préalable. La préférence d’A.H. va ainsi vers le suspens, qu’il juge plus puissant.

Or, et c’est je crois ce qui fait toute la singularité de Decision to leave – jusque dans l’explication de son titre, à la toute fin du film -, Park Chan-wook ne choisit pas. Plus exactement, par son goût du trop-plein – celui-là même qui le faisait jouer dans Old boy avec certaines limites -, il refuse de choisir entre suspense et surprise. Et ponctue le déroulement de l’intrigue (via l’agencement des énigmes qui se charge de faire croître le suspense) d’innombrables effets de surprise. Résultat : aucun répit n’est donné à celui qui regarde.

Marc Rothko, Number 10, 1950

Le suspens en effet agit en véritable lame de fond, comme dans la scène d’interrogatoire, celle où seront jetées les cendres maternelles, ou encore dans la séquence finale, aussi sublime qu’intenable (littéralement : on n’y tient plus de voir s’accomplir la prophétie auto-réalisatrice de Seo-Rae tandis que Hae-Joon s’agite sur la plage). Mais les effets de surprise, eux, piquent de toutes parts telles des abeilles affolées. Ils cuisent la peau et par la répétition, la tannent. C’est sur ces éléments, présents entre deux montées de suspense, qu’il faut insister. Car les décalages visuels, formés dans une certaine brusquerie, n’ont de cesse d’étourdir le spectateur. À lui qui aurait dû être juste sur le qui-vive, Park Chan-wook en mettra finalement plein la vue. Subtilement parfois, à coup sûr avec intelligence et malice. La malice d’un homme qui s’amuse. Et pas qu’un peu.

Quelques exemples de ces effets de surprise :

1 – Les changements (géniaux !) de point de vue, comme quand la scène est regardée de l’œil ouvert, assailli par les mouches, d’un cadavre ; plus tard du même œil, mais cette fois pris en photo et accroché au mur ; ou quand on passe du dos d’un criminel en fuite à sa propre perception de la scène tandis qu’il se retrouve au bord du toit d’un immeuble, avant de revenir à celle de l’inspecteur qui le poursuit ; dans la dernière scène, où la vue du rivage en surplomb forme pendant quelques secondes un Rothko vertical.

2 – Les déplacements furtifs de caméra, les déséquilibres soudains, comme dans cette scène où l’on voit au premier plan le haut d’un écran d’ordinateur derrière lequel discutent Hae-Joon et l’employeuse de la suspecte ; à quoi l’on peut ajouter quelques ellipses vivifiantes.

3 – La superposition originale des images, avec plus spécifiquement l’usage de split-screens – ou leur équivalent – lors des scènes d’interrogatoire, qui permettent de voir simultanément les deux interlocuteurs tout en multipliant les angles de vue dans un rythme saccadé ; le placement de personnages dans des lieux où ils ne sont pas du simple fait de leur imagination.

Scène d’interrogatoire

À l’inverse, chaque (court) moment d’accalmie suscite une émotion doublée de soulagement. Au milieu du tumulte, il apparaît comme un havre où l’état amoureux peut enfin s’épanouir. Je pense par exemple aux quelques secondes où la lingette nettoyante passe de la main de l’inspecteur à celle de la suspecte après leur repas commun. Nul besoin de voir les visages, la danse manuelle et silencieuse qui s’improvise sur ce bout de table montre parfaitement une complicité naissante.

Voilà ce qu’on nomme « mise en scène » au cinéma et qui a valu à Park Chan-wook son prix cannois. La virtuosité du réalisateur méritait d’être célébrée. L’accumulation des images a ici de quoi réjouir. On est abasourdi par la mitraille et désireux de saisir ce qui vient de passer sous nos yeux, avec toujours et malgré tous les efforts du monde quelques micro-secondes de retard. Ressentir tout à la fois l’étonnement, la fascination, l’amusement, la frustration et l’envie. Jouer, pas qu’un peu.

(1) Ou encore : Cary Grant et Grace Kelly.

240 – précision

Mardi 12 juillet

Après relecture de ma dernière note sur Énorme, je voulais préciser un point car ce que j’écris donne le sentiment que finalement, Sophie Letourneur aurait mieux fait de s’abstenir de faire une comédie et de s’en tenir à filmer de vrais gens au travail.

Mon propos doit être, sinon corrigé, du moins complété. Dans ce film j’aurais aimé non pas moins de comédie, mais plus de comédie. Une ou deux scènes vraiment drôles m’auraient suffi. À mon sens, elles auraient fait passer le film du statut de comédie sympathique à celui de véritable chef d’œuvre, parce qu’on m’aurait ainsi baladée entre deux puissantes émotions (le rire, les larmes). Il n’aurait pas fallu grand-chose pour y parvenir. Ce constat me paraît d’autant plus clair que :

1) je suis très (très) bon public. En général une pirouette ‘involontaire », un Pierre-Richard se cognant à un mur, un dialogue de sourds qui se prolonge ou un bruitage débile répété, bref le B.A.BA du procédé comique provoque chez moi de longues minutes d’hilarité souvent, il faut dire, solitaire.

Ce point souligne s’il le fallait le caractère profondément subjectif de tout jugement critique. Cela ne signifie pas pour autant que d’autres ne partageraient pas mon avis. Une scène réellement mémorable, le pendant drôlatique de cette fin bouleversante, a manqué.

2) les deux acteurs principaux sont excellents. Ils avaient à n’en pas douter le talent nécessaire pour augmenter la dimension comique du film. Jonathan Cohen, tout en exubérance, semble déjà s’en donner à cœur joie ; en revanche le personnage de Marina Foïs, cantonné à une attitude perpétuellement hagarde et plutôt passive (sauf lorsqu’elle se rebelle et décide dans un mouvement convenu de s’affirmer enfin en tant que femme, avec « son corps ses désirs ses droits ») ne me paraît pas suffisamment exploité.

3) pour avoir vu certains courts-métrages de S. Letourneur dont je viens de réaliser à quel point elle porte bien son nom, je sais qu’elle peut s’avérer extrêmement drôle. Je repense notamment à un grand moment où un groupe d’adolescents alcoolisés se mettaient à croire pendant une séance de spiritisme qu’ils étaient en train de parler à l’esprit d’Hitler. Disons que la scène était courte, mais intense.

239 – énorme

Dimanche 10 juillet

Énorme, de Sophie Letourneur. Je me demande si nous sommes nombreux à avoir tant pleuré pendant le dernier quart d’heure. Le reste du film m’a plutôt fait sourire. Je ne le trouve pas aussi hilarant qu’espéré mais le résultat est un objet bien étrange. Je me suis surtout dit en le regardant que le scénario demandait vraiment beaucoup aux acteurs. Que le film n’a pas dû être facile à faire pour eux. Je me trompe peut-être complètement.

J’ai aussi beaucoup apprécié la texture de documentaire de certaines scènes, plus spécifiquement celles avec des professionnels (gynécologues, infirmières, psychologues, professeure de piano, etc). Ces personnages parlent toujours juste, parce qu’ils parlent comme ils ont l’habitude de le faire. Le tout a de quoi plaire. L’idée de la musique amérindienne dans le studio du chaman était sans nul doute l’élément tordant du film.

Mais pour être tout à fait sincère, désormais que ma lecture est finie, de ce reste, tout ce reste, je me fiche un peu. C’est que la fin, qui n’est pas autre chose qu’un extraordinaire surgissement de matière, à savoir l’accouchement, fait tout valser. Bon dieu quelle émotion. Et par conséquent, quel contraste entre cette scène ultime et l’ensemble du film, ses situations cocasses, qui nous amusent, où Fred l’exalté occupe tout le terrain tandis que Camille semble s’éteindre un peu plus à chaque apparition. Précisément : cette prolifération de scènes, bien que pleines de trouvailles, ne fait pas le poids face à ce dont elle préparait la venue. Le film se termine étouffé par lui-même. La délivrance finale l’écrase. Et Fred avait raison. Son exubérance était juste : il y avait de quoi exploser. La naissance d’un être valait bien de devenir un autre.

Alors, face à ce spectacle capable de tout, d’arrêter le temps comme de remettre à zéro les relations au sein du couple, capable soudain de faire taire un homme trop volubile et de bouleverser une femme jusqu’alors entièrement dévouée à la musique, on prend la mesure d’une vérité aussi simple qu’elle est sans appel. Tout artiste aura beau essayer de créer tous azimuts, d’inventer des milliers de formes, son acte n’atteindra jamais la force d’une naissance vécue de l’intérieur ou même regardée de près. Et je crois que Sophie Letourneur, tout en tissant son film autour de problématiques sociales, féminines, féministes, de couple et ontologiques, au fond le pressent parfaitement.

Claire voudrait bien répéter.

On la voit, on voit la réalisatrice – satiriste, à juste titre – baisser les armes, alors que la sage-femme (« celle qui sait », quelle science admirable encore montre l’accoucheuse dans cette scène !) rythme la respiration de Camille tel un chef d’orchestre. Quand le petit corps apparaît on ne peut que s’incliner. Et pour certains, des larmes d’émotion couleront.

Je m’en doute. De tels propos pourraient sembler pour le moins étonnants de la part d’une femme. D’ailleurs, c’est à première vue un drôle de paradoxe que de penser comme je le fais que les femmes, pas plus que quiconque, ne doivent être limitées dans aucune fonction, qu’elles peuvent être d’immenses artistes exactement au même titre que les hommes, ou les non binaires, ET que rien ne surpasse l’accouchement d’un enfant. Pourtant c’est un fait. C’est la pure vérité.

Je n’évoque pas ici la concurrence supposée entre pratiquer son art et avoir des enfants (l’artiste occupée par sa progéniture ne pouvant plus exercer son art autant qu’il/elle le voudrait). Ce sujet, qui est en apparence celui du film et a focalisé le discours (pitch, critiques) à sa sortie m’apparaît comme un trompe l’oeil. Énorme parle en réalité d’autre chose.

Si l’on va plus loin, si l’on cherche à savoir quel véritable problème pose l’enfantement à une artiste, il serait plutôt celui-ci : pourquoi vouloir créer quand on peut enfanter ? Quel sens cela a-t-il quand on a conscience, de surcroît une conscience engendrée par l’expérience, qu’aucune œuvre d’art n’aura jamais la catégorique puissance d’un accouchement ? Car c’est là la claque dont il faut se remettre. L’étonnante révélation, le bien « étrange bonheur ». Et je ne vois pas comment les artistes femmes qui ont fait cette expérience pourraient l’ignorer. Plus exactement : ne pas le reconnaître.

Mais précisément, et je crois que c’est tout l’enjeu de la fin du film : il n’y a pas d’incompatibilité. Là encore l’affirmation paraît presque trop simple. Et pourtant, il est possible de faire les deux. Le film le montre même : Camille accouche puis va jouer du Ravel. Et l’on peut trouver que le premier geste domine le second en intensité sans que ce dernier s’en trouve nullement diminué. Faire un enfant, et alors ? pense probablement Camille. La vie a pris place, un enfant est entré dans ma vie mais la vie continue. Il faut se concentrer et essayer. Comme avant.

N. B. : pour certaines précisions, voire le billet du 12 juillet 2022.

238 – jeux d’enfants, suite

Mercredi 6 juillet

Tandis que des enfants tapaient dans un ballon, assise au bord du terrain je relevais sans en avoir l’air trois phrases de Chester Himes.

1) Pour l’image, éminemment plaisante : « De temps en temps une ligne, une phrase l’écorchaient au passage comme les ronces s’accrochent aux vêtements dans un bosquet. »

2) « Le soleil brillait sur Harlem et se glissait dans l’interstice des rideaux. » Le mouvement, allant une fois de plus du large ciel vers le détail infime, a quelque chose d’émouvant. Il faudrait dire : est d’une efficacité redoutable. À reprendre d’une manière ou d’une autre pour l’évocation du soleil naissant dans la chambre d’Élodie.


3) « Il s’imaginait que ce régime de gin, œuf, lait et chocolat augmentait sa puissance virile, mais il ne savait pas à quoi lui servait cette puissance. » La phrase je crois se passe de commentaire. Sa chute, surtout. Je n’ai pas pu aller très loin encore dans la lecture de Fin d’un primitif, mais j’ai l’impression que l’auteur (que je découvre) a beaucoup d’humour. Un humour presque en creux, pince sans rire. Et à la fin, je le pressens déjà, ravageur.

236 – traces

Dimanche 3 juillet

Ce très beau documentaire sur l’art pariétal, au moins – mais c’est énorme – pour le plaisir des yeux (les interprétations des gestes des hommes préhistoriques étant toujours selon moi sujets à caution ; elles en disent finalement plus sur ceux qui en parlent que sur ceux dont on parle).

Quand j’en aurai le temps et si l’envie est encore là, je publierai un passage de roman que j’avais écrit il y a quelques années. Il évoque les traces de doigts laissées par des groupes humains sur des parois de grottes. Étrangement je n’en retrouve pas d’image sur internet. Il ne s’agit pas des fameuses paumes de main en négatif, absolument bouleversantes – je ne sais pas si on peut faire à la fois plus simple et plus puissant que ces empreintes -, mais de milliers de lignes creusées par les bouts de doigts joints d’hommes de Néandertal (décidément, ceux-là).

Avec le recul ce texte me semble loin d’être aussi prenant que ce que je croyais au moment où je l’ai écrit. Plus exactement pas aussi fort à lire que l’émotion, dont je me souviens encore, avec laquelle je l’avais écrit. Une gêne, une pudeur me retiennent donc aujourd’hui. Mais après tout, cette déception à la relecture est sans doute plutôt bon signe, celui d’une progression avec les années : en lisant maintenant j’ai la claire intuition qu’on peut mieux faire. Et si ça se trouve, je ferais mieux, vraiment.