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Jeudi 7 avril

Alors même que je m’apprêtais à abandonner avant sa fin et pour la deuxième (seconde ?) fois la lecture d’un roman de Philip Roth, parce qu’à mon goût trop morose (le roman), voilà que j’arrive à une scène hilarante, au pied du mur des Lamentations, entre un écrivain et un fan un peu agité. Je vais donc persévérer. Mais au cas où je n’irais pas beaucoup plus loin, voici une première (dernière ?) salve de citations :

« Si chacun y met du sien, je ne vois pas le moindre problème. En une semaine, dix jours, vous serez sorti de l’hôpital et vous aurez retrouvé votre famille – remis à neuf. » (c’est le médecin qui parle à Henry).
Mais voilà, à en juger par la suite des événements, il fallait croire que Henry ne s’était pas assez appliqué sur la table d’opération
.

Bill Goff se mit à fermer et ouvrir le poing régulièrement, comme si sa main droite était une pompe à courage, ou un drain contre l’angoisse.

Zuckerman se remémorait le temps où… la vie était le plus innocent des passe-temps.

Quand je me regarde dans la glace, le matin, c’est toute la famille qui me regarde.

Pour la chaîne de causalités :
Si la femme qui avait éveillé en lui le désir de vivre différemment, qui représentait pour lui une rupture avec le passé, une révolution contre l’ancien régime qui l’avait mené au point mort des émotions – et aussi contre l’idée que la vie est une série de devoirs à accomplir sans faille -, si cette femme devait se réduire au souvenir
humiliant de sa première (et dernière) grande frasque parce qu’elle fêtait Noël et pas nous. Si Henry avait vu juste quant aux origines de sa maladie, si elle résultait bien du stress occasionné par cette défaite ruineuse et ce mépris de soi qui l’avait poursuivi avec opiniâtreté bien après son retour à Bâle, alors, oui, curieusement, c’était bien d’être juif qu’il était mort.

Un passage génial avec ce qui aurait pu ou dû être dit et ce qui est dit finalement entre les personnages, p. 71-72 dont voici un extrait :

Il n’était pas costaud, mais ses mains étaient puissantes, ses mains étaient le centre de sa personne, le détail véritablement exceptionnel de son apparence.

Un sourire qui ne devait plus rien à l’amusement.

 » Je suis venu de Londres tout seul.

Comme ça, sur un coup de tête ?

– Et si je te disais d’y retourner sur un coup de tête ?

Pourquoi tu me dis ça ?

Parce que j’ai pas besoin qu’on vienne voir si je ne suis pas marteau. Parce que j’ai déjà donné les explications qu’il fallait. Parce que… « 
Quand je l’entendis partir sur sa lancée, je compris qu’il finirait par me voir.

(Philip Roth, La contrevie, folio)

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