166 – lisière

Mercredi 23 mars

La strada : ce classique que j’ai découvert hier éclaire le récent Licorice pizza que je n’avais pas aimé. Il m’explique un peu mieux pourquoi je suis comme restée sur ma faim tout au long du film de Paul Thomas Anderson. Certes, les deux oeuvres ont des ambiances et des tonalités radicalement différentes (l’un d’ailleurs finit bien, l’autre mal). Mais dans les deux cas il est question de compagnonnage amoureux et de sentiments inavoués, y compris à soi-même. Et alors que le film de Federico Fellini parvient à monter en intensité jusqu’au déchirement final de Zampano, le PTA m’a semblé patiner pour les raisons que j’ai déjà expliquées. Mais il est frappant de voir chez Fellini comme l’économie de moyens et la simplicité du récit permettent justement de donner toute sa place à l’histoire d’amour, à la faire gonfler et s’écrouler sur elle-même à la fois, à faire que chaque geste, chaque parole soit un possible sans cesse avorté. Dans La strada on retrouve le traditionnel triangle amoureux (mari, femme, amant) mais étrangement (et alors, quelle trouvaille !) sans le sexe. Quelque part, là où le sentiment se contente de frémir, on atteint l’os.

En effet, dès lors que le trio se fige se constitue également un réseau de potentialités. Mais c’est ce nouvel état des choses et des êtres, leur ouverture totale aux possibles qui ne laissera plus prendre aux personnages que de mauvais virages. Summum de cruauté, quand tout semble envisageable tout concourt au malheur. Des trois protagonistes, seul Zampano restera, mais dévasté car il est l’unique responsable et de la mort des deux autres, et de sa solitude. La force du film est que dans le récit, le possible seul parvient à faire naître l’espoir (celui des personnages comme du spectateur), naître l’amour de Gelsomina pour Zampano autant, ou presque, que pour « Le Fou » (Il Matto). Et peut-être aussi l’amour de Zampano pour Gelsomina. En même temps, les péripéties viennent sans cesse décevoir cet espoir ; elles le brident toujours un peu plus.

Jusqu’au bout, un miracle (une déclaration de Zampano, les retrouvailles du couple) est attendu, autant qu’est redoutée une catastrophe (difficile par exemple de ne pas craindre pour la vie de Gelsomina quand Zampano constate que désormais totalement folle, elle ne cessera de l’accuser entre deux exclamations joyeuses). Et de fait, si la catastrophe n’arrive pas là où on l’attendrait (malgré les signes habilement distribués par le réalisateur, Zampano pas plus qu’Il Matto ne se tue en faisant son périlleux numéro), elle finira bien par nous surprendre (Zampano vole éhontément des coeurs en argent chez les bonnes sœurs qui l’ont accueilli ; Il Matto meurt sous deux coups de poings inoffensifs ; enfin, on apprend que Gelsomina est morte au moment même où l’on entend son air fétiche). Comble du malheur, dans la dernière scène, Zampano ne se suicidera pas en allant se jeter ivre mort dans la mer. Au lieu de cela il réalisera, lamentablement échoué sur le sable, qu’il a définitivement perdu la femme qu’il aimait. En lui survivant il se condamne ainsi à une existence de désespoir et de remords.

Quel lien avec Licorice pizza ? Rien, si ce n’est cette attention portée au possible, le maintien du cœur du récit, ce qui le met en mouvement – la rencontre amoureuse – à sa lisière. On pourrait y voir le sujet même des deux films. Son traitement, cependant, s’avère à l’opposé chez les deux réalisateurs. Avec, donc, des succès divers. La profusion, non : la saturation des signes chez PTA limite l’imaginaire là où le maître italien, par une économie d’effets particulièrement savante, particulièrement maîtrisée, fait exploser comme j’ai essayé de le montrer plus haut, les intensités d’affects et leur expression.

Ce constat rejoint plusieurs de mes réflexions récentes (sur l’excès, là encore, de signes dans le dernier roman de Bégaudeau, ou encore la soustraction puissante dans The Lobster de Lánthimos). Peut-être faut-il voir là deux écoles distinctes, ou du moins deux esthétiques, chacune sans doute avec ses qualités propres : celle qui noie pour laisser affleurer, par touches, l’élan caché ; et celle qui ne cesse d’épurer pour le faire deviner plus aisément. Mais pour ce qui est du jeu des possibles, en ce moment Lánthimos et Fellini (en tout cas dans ce film-là, car on le connaîtra moins sobre), font pour moi modèle. Ils le font d’autant plus que je suis, spontanément, de ceux qui en font trop.

156 – implantation

Lundi 21 février

Des amis me montrent des photos de famille retrouvées dans le fond d’un tiroir et récupérées in extremis avant que les parents ne les jettent pour de bon. Les tailles des photographies varient, leur qualité aussi. Beaucoup de ceux que l’on voit poser sagement restent sans nom. Parfois un vêtement, ou avec un peu de chance une écriture au dos permet de dater la scène. Toutes sont antérieures à 1930. Nous les faisons passer d’une main à l’autre tout en discutant, en nous interrogeant. Et parmi ce tas rescapé et les dizaines de visages je pense reconnaître la même femme à des âges différents. Elle a 16, 50, 70 ans environ, puis elle gît sur son lit de morte. Pommettes, sourcils, forme du visage, implantation des cheveux. Nul ne peut affirmer bien sûr que les quatre photos montrent une seule et même personne. Mais la reconstitution nous semble plausible.

« Sur son lit de morte ». Dans The others, l’héroïne Grace jouée par Nicole Kidman découvre dans un cagibi un livre des morts. Elle apprend qu’on avait autrefois pour coutume de photographier les morts afin de garder leur esprit près de soi. En ouvrant l’album de photographies elle s’écrit, horrifiée, qu’une telle pratique était « macabre ». Le fait aussitôt jeter au feu.

Maintenant que j’ai pu constater que cette coutume était vraie et non une invention du scénariste, je peux dire au contraire que de telles photos constituent un très puissant hommage. Ce qui transparaît à leur vue, c’est avant tout la fascination muette de celui qui a fait le cliché. Un désir de ne pas laisser disparaître tout-à-fait cette présence familière. Au point de me faire regretter sincèrement qu’on n’agisse plus ainsi. Je regrette qu’en 2022 on fasse s’évanouir si vite les morts de notre regard. Avec leurs yeux enfoncés dans leur orbite, leur bouche cousue pour ne pas laisser la mâchoire s’affaisser sur la gorge et la tranquillité insensée de leurs traits, reconnaissables quelques heures encore sous l’épais maquillage et pour quelques heures seulement, ces morts ont quelque chose à nous dire.

Comment expliquer sinon que chacun d’entre nous y soit revenu, hier, à cette femme, cent ans après que fût prise l’image de son cadavre ? Comment expliquer qu’elle se soit ainsi invitée dans notre conversation pendant de si longues minutes ? Nous avons tous été émus, du moins touchés par ce reste de vie échappé du silence. Comme une trouée dans l’oubli.

148 – gardénias

Lundi 7 février

Cette scène, cela fait quatre ou cinq fois que je la poste puis la retire. Je n’ai rien à en dire, il n’y a rien à analyser. Rien à part son formalisme, ses clairs-obscurs ; le jeu et la voix presque complémentaires des acteurs – l’une finissant dans les graves, l’autre toujours suspendue – ; le tableau de la puissance malade face au jeune soldat, mélange de retenue respectueuse et de témérité ; l’échange verbal qui se resserre en une parole unilatérale, nette, implacable, une parole de vérité. Mais tout cela est l’évidence même, je ne suis pas sûre que l’écrire ici présente un grand intérêt.

Seulement voilà, elle me réconforte, cette scène, et me réconfortant me renforce. J’y reviens souvent, elle me fait chaud au cœur. Ce matin c’est – décidément – la lecture de Todd qui m’y ramène (« I dont see any method at all, sir ». Mais quelle réplique !). La fois précédente c’était une mesure du gouvernement… La scène toucherait bien quelque chose d’universel. Ou de façon plus modeste, elle coïncide pleinement avec mon approche de ce que j’appellerais « l’adversité » (chacun des deux personnages jouant tour à tour son rôle ou au contraire, la désignant). Alors il faut présenter les choses à l’envers : ne pas la mettre dans Sarga serait un non-sens.

147

Samedi 5 février

La scène de « dépucelage » d’Euridice qui a lieu pendant sa nuit de noce avec Antenor est particulièrement intéressante. Elle montre l’acte sexuel entre les nouveaux époux et le montre longtemps, en cela elle est assez crue. Euridice est droguée (à son insu) ; ivre, elle doit aller vomir ; sa robe est défaite. Antenor ne la laisse pas, il veut consommer. Les deux se retrouvent dans la salle de bain, elle tombe dans la baignoire puis est jetée par terre pour plus de commodité. Elle s’esclaffe en découvrant le sexe en érection de son mari dénudé (elle n’en avait jamais vu a-t-on appris peu avant). Elle se laisse faire, épuisée. Les deux rient de temps en temps d’un rire nerveux, sinistre. Au moment de la pénétration Euridice souffre et étouffe quelques cris mais elle ne se plaint pas vraiment.

La scène n’est pas à proprement parler une scène de viol. L’héroïne est un peu malmenée mais comme on l’est lorsqu’on est saoul et que les gestes sont maladroits. On ne peut pas dire qu’Antenor ait l’intention de faire mal. Pourtant on comprend sans qu’il y ait la moindre ambiguïté qu’Euridice passe un « mauvais moment » (son amie l’avait prévenue). Les baisers sont rares et les mouvements brutaux. Toute douceur, absente.

On ne peut certes pas dire qu’Antenor ait l’intention de faire mal mais le plaisir d’Euridice l’indiffère. Il est tout occupé à ses propres sensations (son devoir ?). Et l’on comprendra un peu plus tard, tandis qu’il la place devant le miroir et l’embrasse sur l’épaule en exhibant leurs deux anneaux que c’est pour lui une évidence qu’elle est heureuse aussi, c’est-à-dire heureuse d’avoir fait l’amour avec lui autant que de sa situation. Tout cela a beau être totalement nouveau pour elle, sa satisfaction devrait aller de soi. Peut-être même Euridice devrait-elle lui être a priori reconnaissante. La scène malgré sa crudité me semble d’une subtilité admirable. La réalisatrice parvient à la placer exactement dans une sorte de zone grise, celle sans doute qui provoque tant de débats aujourd’hui même, en France, séparant la société en deux clans irréconciliables : celui des « salauds » qui ne verraient pas vraiment où est le problème au prétexte qu’un coït désagréable, douloureux ou juste un peu nul, cela arrive à tous (à toutes), et celui des « hystériques » qui crieraient au crime, ordinaire et patriarcal.

On est à vrai dire dans cette zone où se joue toute la complexité des relations intimes, entièrement dictées par l’organisation sociale. Ici personne n’est violenté contre son gré. Il n’en apparaît pas moins clairement selon quels mécanismes le renoncement au bonheur est imposé par le poids d’un conditionnement. C’est un long apprentissage qui a rendu Euridice docile et consentante. D’ailleurs, a-t-elle jamais eu le choix ? Elle a intériorisé le sort qui l’attend.

Voilà donc en quoi consiste la cohabitation sereine, la solidarité du couple au sein de la famille nucléaire : de la bonne volonté, une forme d’acceptation pour ne pas dire d’abnégation, ici de la part de la femme puisque c’est le regard que pose Martha Batalha avec justesse. Mais pour être tout à fait complet et si l’on avait affaire à un documentaire, on s’attendrait à scruter aussi ce qui se passe du côté de l’homme, à quelles obligations il doit se soumettre à son tour.

Dans le film on a cependant un point de vue parallèle, celui de la sœur Guida, devenue à la fois libre et précaire. Ce point de vue-là, alternatif, est déjà beaucoup. On n’en demandera pas davantage car en réalité tout est dit dans le croisement des destins sororaux. L’émancipation passe par le rejet à la marge. Guida est littéralement éjectée de la société. Mais de là elle fondera une famille de cœur. Pour les autres, dont sa soeur, qui ne peuvent échapper au confort, ils devront faire des concessions. La vie ne leur sera douce qu’autant que la répartition des forces et des tâches, ou plus exactement, la distribution des contraintes, le permet. Cette vie-là, toute acceptable qu’elle semble, restera flottante, comme absente, vidée de sa substance. Un mirage peut-être.

146 – patriarcat

Vendredi 4 février

Il va m’être difficile de continuer la lecture du dernier essai d’E. Todd désormais que j’ai vu la très belle et très cruelle Vie d’Euridice Gusmao et sur laquelle j’essaierai de revenir plus longuement. En deux heures, le patriarcat y est mis au jour de façon absolument éclatante. Contrairement à ce que croit Todd (et c’est ce qui fait de son postulat de départ une erreur majeure), celui-ci n’est pas la négation de la solidarité homme/femme, mais plus simplement la détermination systématique du destin des femmes par les hommes. On le voit très bien dans le couple que forment Euridice et Antenor : domination masculine et entraide au quotidien ne sont en rien incompatibles : il faut bien vivre.

Mais encore faudrait-il définir ce qu’on entend par « solidarité », ce que Todd dans les 90 premières pages de son livre ne fait jamais. Homme et chien – homme et cheval ! – aussi sont solidaires.

145 – amadeus

Mardi 1er février

Il y a trois choses excellentes dans Amadeus, que je n’avais pourtant pas tenu pour un grand film lorsque je l’ai vu adolescente. La première, d’ordre purement esthétique, je m’en souvenais et constate l’aimer toujours :

– la vision dès le début du film de ce très vieil homme, blessé au cou, aux doigts recroquevillés par l’arthrose. Le Salieri tombant à terre puis, plus tard, narrant ses déboires dans sa chambre d’hospice m’a toujours semblé beau et terriblement émouvant de gestes et d’expressions empêchés (par l’âge et sa blessure dans l’histoire, par les couches de maquillage sur le tournage). Je suis certaine qu’il a inspiré à Ford Coppola son non moins sublime (je parle encore du personnage, pas du film) Dracula. Peut-être un jour faudra-t-il que je m’interroge sérieusement sur mon amour sans réserve de ce kitsch-là.

– Ses plaintes mêmes, cruelles et justes : « Tout ce que je voulais, c’était célébrer Dieu. Il m’a donné ce besoin puis m’a rendu muet. Pourquoi ? S’il ne voulait pas de mes louanges, pourquoi m’avoir implanté ce désir comme de la concupiscence ? Pour ensuite me priver de talent ? »

– La scène d’écriture du Requiem sous la dictée de Mozart. Deux professionnels au travail. Simple, lumineux. Aujourd’hui encore, il y a une grande émotion à voir la célèbre partition se construire ainsi. L’idée de l’écriture par Salieri, avec l’ajout successif des parties instrumentales, que le spectateur entend en même temps que Salieri les imagine, me semble assez géniale. Didactique et géniale. Une telle association est rare de ma part. Mais voilà, on dirait que ma mue est bien entamée.

136 – plongeons

Dimanche 9 janvier

Le garçon : Attends. Laisse-moi me concentrer un peu.

La fille : Ok, Ok.

Le garçon : Non c’est juste que… je ne suis pas vraiment là.

La fille : Et si je sautais avant toi ?

Le garçon : Non je préfère y aller en premier. Si ça te va… Ok, Ok. (Il respire) Bon. Regarde en bas, Linus.

(Silence). Je te préviens, je vais hurler.

La fille : Moi aussi !

(Silence)

Le garçon : Mes genoux. Ils tremblent. Je venais de me décider à y aller et mes genoux se sont mis à flageoler. Il y a un cheveu qui flotte là-bas.

La fille : Ah oui ?… C’est décider de sauter qui a fait trembler tes genoux ? Quand tu le prends à la rigolade ça va, et quand tu deviens sérieux tu commences à trembler, c’est ca ?

Le garçon : … pardon, je ne t’écoutais pas.

La fille : D’accord, je me tais.

Le garçon : Non. Ta voix m’apaise.

135 – réglisse

Vendredi 7 janvier

Sortie de Licorice Pizza légèrement triste tant j’avais misé sur ce film. Triste parce que restée de marbre. C’est le Paul Thomas Anderson (PTA) de Boogie nights que j’ai retrouvé, et il n’est pas mon favori. Celui qui a du génie cisaille les rapports de force et les restitue avec à la fois crudité et subtilité. Parfois PTA voit tout, il saisit tout, à commencer par la rudesse des relations les plus fortes. Il donne alors la chair de poule. Parfois il s’adonne sciemment au seul plaisir de la forme et du rythme et cède alors à la facilité. Ici, malgré le foisonnement scénaristique, rien ne semble jamais complexe ni équivoque. Les personnages et leurs relations sont ou bien effleurés, ou bien trop explicites. Comme cette grande sœur dont l’heroïne Alana dit qu’elle est parfaite, raisonnable, et à qui elle reproche de critiquer ses choix amoureux, mais qu’on ne fera plus qu’entrapercevoir. La mécanique psychologique est simple. En entrant en scène, chacun donne le ton dès ses premières répliques (c’est leur fonction) ; donne tout puis disparaît. Aucun doute n’est possible, rien n’hésite. La virtuosité formelle, indéniable, du réalisateur fait le reste. Elle occupe littéralement l’espace et le temps du film. Mais le tourbillon donne lieu à des scènes de faible intensité. Amer et anisées peut-être (licorice signifie réglisse) ; colorées, cocasses, sûrement. Mais sans intensité. 

Gary (Cooper Hoffman), le jeune héros du film tombé amoureux d’Alana au premier regard, avait par exemple quelque chose, y compris physiquement. Il apparaît tour à tour enfantin, sérieux, un peu pataud, séduisant. Les traits du père défunt (Philip Seymour Hoffman), que l’on reconnaît au détour d’un plan, contribuent sans doute à l’émotion de voir un acteur naître à l’écran. Mais finalement, le personnage qu’il joue reste esquissé. Il est souvent très sûr de lui. Pourtant on ne perçoit pas ce qu’il peut faire de ce trait de caractère. Il monte des affaires, choisit à 15 ans la femme de sa vie et soudain ruine toutes ses chances sur un coup de tête. D’où lui vient son assurance ? Jusqu’où pourrait-il aller ? Qu’est-ce qui le meut au juste ? On ne le saura pas. De toute facon, après un début de film empli de sa présence prometteuse, il s’efface peu à peu jusqu’à perdre toute son épaisseur. 

Bien sûr il y a quelques moments amusants. Le coup de coussin derrière la tête de la vieille star méchante, exploiteuse d’enfants ; Bradley Cooper en sale type ; Sean Penn en sale type ; une descente de camion en marche arrière et silencieuse, à couper le souffle ; le sosie de Justin Trudeau en politicien impeccable et progressiste (cachant par ailleurs son homosexualité pour pouvoir être élu : la scène du restaurant est un des moments forts du film. Wachs s’avère avoir manipulé Alana, dont on voit le cheminement, de l’excitation d’être la petite bénévole désignée par le chef à la déconfiture). Et puis il y a Life on mars entre deux séquences. Mais comme il en faut pour tous les goûts et que PTA n’a jamais peur de trop en faire, ceux qui sont plutôt The doors en ont aussi pour leur argent. Décidément, on préfère quand le réalisateur résiste aux sirènes de la coolitude. Aucun doute pourtant, l’histoire entre Gary et Alana à elle seule suffisait.

Les critiques sont dithyrambiques. C’est qu’ils voient tous dans ce film l’expression de la nostalgie du réalisateur. La nostalgie sous la plume d’un critique est souvent synonyme de profondeur. Que la nostalgie à mes yeux ne soit pas un sujet est chose toute personnelle. Mais si celle-ci porte réellement le film, à vrai dire je ne l’ai pas perçue. Plus simplement, j’ai vu un joli récit avec une fin volontairement à l’eau de rose, dans la plus pure tradition de la comédie sentimentale américaine. Sans ses effets parasites et ses anecdotes cette histoire aurait pu devenir une grande histoire d’amour, puissante. Elle est restée un divertissement. Voilà qui s’appelle un rendez-vous manqué. Un sacré lapin, même.


134

Mercredi 5 janvier

Cyrano à Roxane certaine que Christian n’est pas un sot alors qu’elle ne lui a jamais parlé :

« Oui tous les mots sont fins quand la moustache est fine. »

La réplique en elle-même est déjà excellente. Prononcée par Depardieu dans un mélange parfait d’ironie et de désespoir – les deux ensemble, à l’équilibre -, elle devient carrément géniale.